L’Accord Sensible

L’Accord Sensible est une compagnie de théâtre qui a pour obsession la création artistique.

En 2019, François Lanel s’associe à Julie Hega pour créer INUI.
Un opéra qui marquera la rencontre de leurs univers artistiques aux multiples affinités.

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François Lanel
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Faut-il être fou pour vouloir se perdre ? Au théâtre… Rien n’est moins sûr. Au contraire, je crois qu’il faut apprendre à s’égarer, à dire oui avant de connaître ou de comprendre. Quoi de plus excitant ? La scène est un espace de jeu et de rencontre inouï. C’est l’endroit rêvé pour vivre des aventures inhabituelles. J’ai toujours eu l’intuition que, pour faire apparaître quelque chose de surprenant, il fallait nécessairement plonger dans l’inconnu et savoir accueillir toute sorte de surprises. Concrètement, le début du travail consiste à offrir quelque chose. Je suis convaincu que c’est en partageant nos préoccupations les plus intimes (une histoire, un ressenti, une question), qu’on peut créer un formidable commun. Ensuite, au plateau, le travail d’improvisation permet d’emprunter des chemins improbables et de libérer les parts d’enfance qui sommeillent chez chacun d’entre nous. Ainsi, nos énergies se complètent, nos obsessions se font écho, laissant apparaître une chose qui n’est pas la somme de chacun mais une série d’interactions entre nous. Il suffit de laisser infuser ce qui nous traverse et d’avancer sur le fil de l’inattendu, au rythme de digressions et de pas de côté plus ou moins improbables. Tout se tisse dans la joie, tentant sans cesse de faire jaillir des rapprochements surprenants, des formes étranges… Ce que j’espère toujours, c’est découvrir sur scène ce dont je rêvais sans l’imaginer : un équilibre fragile, aussi mystérieux que magique, en constante évolution.

Portrait François Lanel

François Lanel est metteur en scène et dramaturge. Il a développé son goût pour l’art contemporain grâce à des expériences professionnelles diverses : à la Galerie Chez Valentin, au service production du Festival d’Avignon, en s’impliquant dans le projet W de Joris Lacoste et Jeanne Revel aux Laboratoires d’Aubervilliers, mais aussi en étant assistant à la mise en scène auprès de Frédéric Fisbach et de Pierre Meunier. Après un Master Professionnel – Mise en scène et dramaturgie à l’Université Paris Nanterre, il crée la compagnie de théâtre L’Accord Sensible et les pièces Les éclaboussures (2010), D-Day (2011), Champs d’Appel (2013), Massif Central (2015) et J’ai dit à Thibaud (2018). Son travail a notamment été présenté à la Comédie de Caen, au Théâtre de la Cité internationale (Paris), à la Scène nationale de Dieppe, à la Fonderie (Le Mans) et lors des festivals Premières (Staatstheater de Karlsruhe), Fast Forward (Staatstheater de Braunschweig) et Novart (Manufacture Atlantique – Bordeaux). Il attache par ailleurs une grande importance à travailler comme comédien ou dramaturge avec d’autres artistes (Compagnie Placement libre – Monsieur Microcosmos, Archivolte, L’Atelier Recherche Scène 1+1=3 – Appontages…) mais aussi à créer des pièces avec des apprentis comédiens et des comédiens non-professionnels : Ça s’améliore (2013), Des acteurs de bonne foi (2014), Une oie des oiseaux (2018), D-Day ++ (2019).

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Julie Hega
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Mon art est un prétexte pour garder le lien avec l’enfant que j’ai été, lui subsister, ne jamais le perdre ni le trahir. Je suis incapable de transiger avec mes désirs. C’est à travers l’excès et une irréductible légèreté que je sauve ma vie. Je crois secrètement que toute conversation parle d’amour. Si elle parle d’autre chose, c’est un prétexte pour y arriver. C’est cette essence que je poursuis, faisant de l’amour le point central de mes recherches. Je me pense au travers des êtres et des choses que j’aime. Je ne vis que pour ça. Je ne travaille que dans ce sens et c’est au fond la seule question qui m’intéresse.

Mon métier est d’être actrice et je le suis au sens d’un état de jeu perpétuel avec le monde, de réaction et de contamination à partir des éléments qui s’offrent à moi. Je cultive un appétit lyrique, débordant et extravagant pour le monde. Je compose avec lui, in situ, au milieu de l’imprévisibilité des contraintes et des notes qu’il propose. La vie est mon immense terrain de jeu, et je m’y reconnais la cruauté d’un enfant, vacant d’une métamorphose à l’autre, dans l’insouciance du mouvement de ses actes barbares.

La quête de compréhension n’est pas la mienne. Les personnes qui ont besoin de tout rationnaliser me touchent, car je ne les comprends pas. Pour ma vie, j’ai cessé de vouloir. Je préfère le « laisser faire » au « contrôle ». C’est une manière de produire du sens au milieu de l’absurde. Ce qui m’émeut, c’est l’incomplétude et l’incongruité des êtres. J’aime les imperfections, elles me rassurent. J’y perçois une signature intime de nos existences humaines. Pour créer, j’ai besoin de brasser des influences artistiques plurielles. J’aime traverser l’architecture, le design, la mode, la musique, le cinéma, le théâtre et la nature de manière organique et ludique. C’est de manière naïve que je m’envisage, dans la tentative surréaliste de me mouvoir au milieu du chaos et de protéger cette danse : comme une tasse de porcelaine qu’un soldat, courant au milieu d’un champ de bataille pendant un combat, tiendrait entre ses mains dans l’espoir qu’elle ne se brise. L’objet d’un repli précieux, la réplique de nos existences fragiles. Quand, au jour de sa mort, face à son corps impossible tenant le petit objet, l’assemblée intriguée pleurerait devant l’injustice d’une vie reprise trop tôt. Lui relèverait la tête et, dans un dernier murmure, confirait son entreprise victorieuse : « j’ai réussi, elle est intacte ». Aux oreilles ébahies et à nos corps défendant, on gagne parfois la bataille en sauvant plus que sa peau. Je pense que l’art venge nos vies comme jamais nous n’aurions pu les défendre.

Portrait Julie Hega

Julie Hega est chanteuse, comédienne et musicienne. Après 10 ans au Conservatoire de Caen où elle étudie le violoncelle, le chant et l’orchestre, elle se passionne pour le théâtre et les arts plastiques qui viennent enrichir une pratique artistique pluridisciplinaire. Entre 2013 et 2015, elle suit la formation professionnelle de comédien à l’Actéa (Caen). Au cours de son cursus, elle rencontre deux artistes avec lesquels elle travaille par la suite : François Lanel, avec qui elle crée Massif Central, et Thomas Jolly de la Piccola Familia pour Le Ciel La Nuit et la Pierre Glorieuse, une série théâtrale créée au Festival d’Avignon en 2016. Elle joue en 2017 dans la pièce Sombre Rivière, créée avec la compagnie Vita Nova, dirigée par Lazare, au Théâtre National de Strasbourg. La même année, elle collabore avec Samuel Achache et Jeanne Candel (Collectif La Vie Brève), pour la création du spectacle La Chute de la Maison au Festival d’Automne (Talents Adami), puis elle travaille sur une version radiophonique de cette même pièce avec France Culture. Depuis cette collaboration, elle développe sa pratique du chant lyrique avec la chanteuse Sylvie Deguy et s’intéresse à la plasticité vocale. En 2019, elle interprète Desdémone dans la pièce Othello mise en scène par Arnaud Churin, créée à la Scène nationale 61 et reprise notamment au Théâtre de la Ville (Paris). Enfin, elle a fait partie des trois artistes français élus par le Ministère de la Culture pour participer à la Commission Internationale du Théâtre Francophone. Elle prépare actuellement la création de l’opéra INUI (2021) en codirection avec François Lanel.