INUI

Opéra (tout public) – Création 2021
Une fantaisie de Julie Hega et François Lanel

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NOS INTENTIONS

Nous sommes tous porteurs d’une mémoire susceptible un jour de nous submerger. Enfouie quelque part, cette mémoire agit au-delà de notre propre vie. Il existe en nous des espaces invisibles et inconscients qui nous dépassent et nous relient aux autres. Il s’agit sur cette création d’ouvrir nos oreilles à des sonorités inconnues, de composer une forme musicale qui converse avec des langues et des chants d’autres cultures et qui questionne ce que peut être un opéra aujourd’hui. Par le son, nous aspirons à explorer un territoire immatériel commun, un espace de mémoire collective : l’oralité.

D’où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ?

Les personnes métisses n’ont de terre nulle part. Elles sont toujours étrangères au pays dans lequel elles habitent. Elles sont comme des réalités « autres » ou des réalités « entre ». La multitude culturelle est aujourd’hui une force qui se déploie. Et à l’heure d’une crise mondiale de la migration, il nous semble urgent d’interroger notre capacité à faire monde, à faire de nos singularités et de notre diversité, le socle d’un rassemblement.

Le chant de Julie est l’événement déclencheur d’un imprévisible retour du refoulé. Une étrange correspondance est apparue entre ses improvisations vocales et des sonorités nordiques. Une brèche s’est ouverte et, avec elle, le désir de retracer, par la voix, l’histoire d’une généalogie réelle et fantasmée entre deux pôles. Est née la nécessité d’entreprendre un voyage initiatique reliant l’Arctique aux forêts équatoriales du Cameroun. De François, est venue l’idée saugrenue de la construction d’une route à plusieurs, sans que personne ne se soucie de sa destination. Cette métaphore déraisonnable de l’exploration (et plus largement de la création) est un de nos points de rencontre. Chaque création est pour nous l’occasion de donner du sens à nos existences en découvrant des espaces inconnus. Avec INUI, ces visées lointaines cachent le secret que l’on porte en nous de renouer un jour avec nos origines.

All’inizio, né parole né musica
Au commencement, ni les mots, ni la musique

La création de cet opéra se fait sans recourir à un médium prédominant. Il s’agit de mettre en œuvre une « écriture de plateau » musicale et théâtrale. INUI propose une immersion plastique au cœur d’une scénographie contemplative et naïve, une plongée dans un monde en suspension, dans lequel viendront se fondre des créatures exubérantes.

Nous désirons questionner les frontières, les espaces et les passages entre les langues et les sons. Nos principales références sont les traditions vocales des cultures Inuits et Pygmées aux accointances formelles étonnantes. Nous envisageons l’écriture musicale comme la création d’un paysage vocal, une hallucination sonore hybride, vibrante et délicate. Nous avons le projet d’expérimenter in situ des dialogues musicaux avec des artistes autochtones en faisant se répondre nos pratiques respectives. Que peut-il naître de cette confrontation ? L’intuition de départ est que ces conversations produisent une combinaison inédite, un événement sonore inouï. Ces expériences enregistrées composeront les principaux matériaux de la bande sonore originale d’INUI, une forme basée sur la rencontre de langues étrangères, d’airs lyriques, de chants premiers, de percussions et de musique électronique. Notre quête est de faire surgir des rapprochements mélodiques et rythmiques pour créer une alchimie sonore entre nous. Nous lançons des paris : faire d’un brassage musical une magnifique constellation sonore, privilégier la musicalité des phrases aux sens des mots, et s’amuser dans le même temps à décaler les codes de l’opéra classique. Tisser un ensemble improbable. Proposer un « Opéra Monde ».

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Avec les premiers soutiens de la Région Normandie, du Conseil Départemental du Calvados, de la Fondation de France (Music Lab), du Pavillon de l’Indochine et du FAR (Caen).